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Musique

  • Higelin, parce qu'il faut bien que cela arrive

    La vie étant inséparable de la mort, celle de Jacques Higelin ce matin, ce n'est pas de la tristesse mais des souvenirs. 




     

  • Le phrasé

    Ferré, Barbara, Brel ou Brassens, ne sont pas des poètes, n'en déplaise à la doxa du tout-se-vaut commercial et abrutissant (qui permet ensuite de célébrer n'importe quel guignol qui aligne deux mots). Il suffit de lire leurs textes pour mesurer ce qui les sépare d'un Bonnefoy, d'un du Bouchet par exemple. Ils écrivent des chansons. Et ce qui nous habite tient autant aux mots et aux images avec lesquels ils travaillent qu'à ce phrasé par quoi ils habitent eux-mêmes ce qu'ils écrivent. Ferré, Barbara, Brel ou Brassens, pensent la langue à travers leur corps, leur souffle, leur voix. Telle est la limite de leur entreprise. Limite qui n'est pas sans beauté : il faut entendre le désastre des reprises qu'on fait de leurs chansons, dont des prétentieux et des vaniteuses ont cru qu'il suffisait de savoir lire pour pouvoir les chanter, pour se rendre compte de leur supériorité. Ils appartiennent à un monde révolu. Nous sommes désormais aux temps des crécelles, des sottes, des scansions rappées, de la vulgarité, des gros bras et des adolescents montés en graines. Ils sont faciles à reconnaître....


     



     


  • Bill Frisell, tendu

    Bill Frisell est un guitariste exceptionnel. Pour preuve, le titre qui suit, de l'album éponyme, Before we were born

     


     

  • Chet Baker, dénouement

     

    Il y a chez  Chet Baker une part de romantisme tragique que tout le monde n'apprécie pas. Peu importe. Cette sensibilité douce-amère est à mes yeux une des merveilles du jazz.

    Le morceau qui suit, Goodbye, est enregistré en Italie, avec un orchestre à cordes de cinquante musiciens. Nous sommes en 1959. On pense à un film plein de lyrisme, une passion compliquée (impossible, qui sait ?), mais qui se vit malgré tout, avec presque rien : un regard, un sourire, un geste. C'était perdu d'avance mais il fallait le vivre. On se remémore le "bonsoir" dans Elle et lui de Mac Carey, ou bien Vacances romaines. Ce serait plutôt cela : penser à la mélancolie qui achève la douce rencontre entre Audrey Hepburn et Gregory Peck. La trompette de Baker, c'est Anne qui rentre le soir au palais. Et cette rêverie musicale qui amène jusqu'à un si beau visage n'en est que plus précieuse.

     






  • OK Computer, souvenir...

    Il faut prendre le titre du meilleur album de Radiohead avec toute la distance ironique qui soit. Vingt ans après, les douze compositions portent toujours. Quant à Let down, il n'y a que les Beatles pour avoir en six ou sept occasions mieux creusé encore le sillon de la pop.


  • Steely Dan, bonheur désormais clos

    Steely Dan était un duo unique dont la figure la plus connue était le très remarquable Donald Fagen. Mais Walter Becker, plus discret et sombre, ne comptait pas moins. Il est mort dimanche. Nul besoin de s'étendre. Pour ceux qui voudraient découvrir l'alchimie du groupe, qu'ils écoutent Aja et Gaucho, deux albums de quarante ans d'âge.

    Le morceau qui suit s'intitule Babylon Sisters, tiré de ce dernier opus.


  • Barbara, tout simplement

     

    Barbara n'est pas la plus grande chanteuse française. C'est la seule. Elle a tout : la voix, le phrasé, l'élégance, la présence, l'art de créer un monde en quelques minutes. Beaucoup la trouvent sombre. Soit. Mais elle sait si bien être drôle, ironique, et plutôt que de se morfondre en attendant le vingtième anniversaire de sa disparition, précédons les vains hommages médiatiques par une chanson savoureuse. 


     

     

  • Bowie le masque, comme d'habitude

    David Bowie avait compris très vite qu'après les Beatles, la pop aurait pour l'essentiel une perspective plus scénaristique que proprement musicale. De fait, il est plus rusé, dans son image (encore que ce soit plus compliqué) que génial dans ses compositions. Reste de lui deux très beaux albums, le Ziggy, évidemment, et, surtout, Honky Dory, qui doit tant au clavier Rick Wakeman.

    Par une douce ironie, le titre majeur de cet album est une réécriture du Comme d'habitude de Claude François. Il s'agit de Life on Mars ?


  • Entre toutes, Ava Gardner

    Souchon, c'est deux chansons, pas plus. Somerset Maugham et celle qui suit. Ava Gardner n'est pas qu'un visage, une femme fatale. C'est la grâce à jamais perdue d'un être irréductible à ce qu'on aurait voulu qu'il soit (un peu comme Liz Taylor, dans sa dérive avec Richard Burton, en marge de sa carrière) et qui fut une grande actrice. Plus nous avançons dans le toc, le plastique (j'écris bien "le"), l'interchangeable cinématographique (lequel cinéma se confond d'ailleurs de plus en plus avec la pub et la mode), plus son regard inaccessible nous semble familier et plein de douceur. Souchon réussit (par quel miracle ?) à envelopper la sidération autour de sa beauté d'une nostalgie poignante et sans acrimonie...