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05/01/2013

Vide amateur

Sans doute n'a-t-il pas compris immédiatement, mais je n'en saurai rien... Ce fut soudain un bruit, immense, un grondement qui décrochait du haut des montagnes, une effervescence blanche et massive, pas une vague, les bouillonnantes sur la platitude de l'océan : un lit à pic, ou presque, de terreur.

Il était peut-être arrêté à reprendre son souffle, à moins qu'il n'ait senti dans son dos la cavalcade. Elle était là, face à lui, très lointaine et pourtant si proche. Il a planté ses bâtons, sorti son portable et filmé.

Tout était blanc d'abord, et c'est demeuré ainsi plusieurs secondes. Blanc et presque inoffensif. Puis le blanc a commencé à manger le soleil, il a viré à la grisaille, une grisaille de plus en plus intense, avant que tout ne cède au noir.

Quand les sauveteurs l'ont retrouvé, il avait, malgré la force de l'avalanche, contre son ventre sa main tenant son portable. Et tu te demandais un temps s'il fallait voir dans son geste du courage, de la lucidité ou du désespoir. Futile débat de morale... Plus tard, tu as pensé à autre chose : à ce désir quasi morbide de filmer sa mort, d'être là, encore et toujours, de s'arracher, même pour rien, à la vaine existence, de se prolonger, coûte que coûte, de préférer fixer l'écran, pour te faire pleurer, peut-être, plutôt que de chercher à fuir. Plus tard, encore, tu t'es dit qu'il avait dû croire en l'objet qu'il tenait, y croire, c'était cela, comme en un dieu quelconque, avec un œil inquisiteur qui finirait sur une plateforme vidéo. Plus tard, encore plus tard, tu as balayé ces images, absurdes et vindicatives, de ta mémoire, ta mémoire, la seule à laquelle tu tiennes, sans retouches ni pixels, et tu as continué de vivre...

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