29.01.2012
En fermant les yeux, Bruckner
C'est peut-être là qu'est l'injustice faite à Bruckner, de n'être pas Wagner, et d'en être imprégné, de n'être pas encore Mahler, qui épuise, à sa manière le genre symphonique. Il paraît que le maître de Saint-Florian était un curieux mélange : entre le génie et le crétin, si l'on en croit certains témoignages. il serait, dans son genre, une exemple admirable de ce que l'art réserve de surprises qui défient l'entendement.
Le souci symphonique de Bruckner semble de peindre une sentiment. Ce sont de grandes coulées chromatiques, des surgissements toujours contenus, des apaisements qui n'atteignent jamais le silence. On a envie de fermer les yeux. Non pas comme ces adeptes new age d'une musique passive, relaxante, laxative, décérébrée. Bruckner est sans mièvrerie, sans tendresse ridicule. Il libère une énergie condensée dans un continuum dont il est difficile de sortir, parce qu'on y trouve un bonheur presque sans faille. Un moment d'apesanteur gracieuse. C'est bien ainsi que l'immense Furtwângler le donne à entendre, dans ce début d'adagio, pour la 7ème symphonie.
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27.01.2012
Pâtée de campagne (XI) : L'Insconscient frontiste
Le Front National s'est installé depuis plus de vingt-cinq ans dans ce qu'on appelle communément le paysage politique français, lequel paysage s'est appauvri sur le plan idéologique à une vitesse vertigineuse. Autour de ce parti, des fantasmes. Entendons par fantasmes des représentations symboliques plus ou moins efficaces à rendre compte du double phénomène de rejet/cristallisation dont il est l'objet. Fantasmes des opposants : fascisme, nazisme, racisme, xénophobie, anciens d'Algérie, révisionnisme, etc. Fantasmes des militants frontistes : l'arabe, le noir, l'étranger, l'islam, le capitalisme juif, l'anti-américanisme, l'Europe, etc. Ce ne sont pas de ces deux axes que je veux évoquer dans ce billet, parce que s'ils ont leur intérêt, s'ils renvoient effectivement à des discours, des paroles, des prises de position, ils me semblent avant tout en servir un troisième fort nauséabond, mais qui explique le fait que ce parti n'ait jamais été attaqué autrement qu'à l'oblique, juste comme il faut, à la mesure nécessaire pour que sa survie ne soit jamais mise en cause.
Le Front National est un élément d'équilibre politique pour les deux grandes formations qui ont, est-ce un hasard ?, dans ces si curieuses vingt-cinq dernières années, accru leurs pouvoirs, éliminé la concurrence, jusqu'à installer la France non plus dans le binarisme gauche-droite de naguère mais le couple PS-UMP. Ayant fait le vide autour d'eux, ces partis ont compris l'apparition du FN comme une aubaine : il s'agissait dès lors d'en user comme d'un repoussoir qui renverrait l'adversaire réel dans les cordes. La gauche en a tiré profit dans les années 80 et sous le premier mandat chiraquien. La droite a tiré le gros lot en 2002. C'est d'ailleurs là qu'est apparu le sens politique de la survie indispensable du FN. Qu'on se souvienne de la mise triomphante du grand corrézien au soir du premier tour. Le Pen est la figure idéale de l'autre. Idéale en ce qu'elle vous assure d'abord le confort d'un deuxième tour qui n'existe pas tant le déséquilibre électorale est en votre faveur. Le Pen donne la victoire sur un plateau. Plus encore : il vous accorde le droit d'être le héros/héraut national d'une résistance (fût-elle factice...) à laquelle tout le monde doit se rallier. Elle ennoblit le triomphant et son aura prend tout à coup une saveur inimitable. Les deux candidats dont on nous répète qu'ils seront au deuxième tour rêvent d'une pointe électorale frontiste jouant en sa faveur. Marion Le Pen est l'opposante rêvée. C'est-à-dire qu'elle est le fantasme indicible d'une passion du pouvoir dont elle garantirait l'accomplissement en grandes pompes. Peut-on ignorer à quel point en ce début de campagne elle n'est guère attaquée ? Il faut bien qu'elle s'affermisse pour que ce que la morale républicaine prétend condamner puisse advenir. On saura, dans les partis dits responsables, sortir les mines indignées et contrites le moment venu. Pour l'heure chacun lorgne sur la partie de billard à trois bandes qui ferait de Marion Le Pen l'une des deux finalistes.
On se souviendra qu'en 2002 Chirac, pour passer l'écueil du premier tour, joua de l'argument sécuritaire. La gauche était au pouvoir. Il lui fallait gonfler les troupes frontistes au détriment des socialistes : il choisit l'image de l'état faible, laxiste, et presque complice de la délinquance. La gauche n'était pas en état de répliquer, et le glissement électoral ne pouvait que lui être défavorable. La puissance soudain redoutable de celui qui, depuis cinq ans, ne faisait rien dans son palais de l'Élysée étonna, mais elle s'expliquait : il se préparait à son rôle de sauveur de la République. Le grand Jacques avait bien compris que son destin ne tenait pas à une affaire de programme mais à la détermination précise et efficace de l'adversaire préféré, c'est-à-dire celui dont on ne veut pas prononcer le nom, que l'on ne veut pas rencontrer (pas de débat entre les deux tours... Chirac refusa) tant on l'a désiré, tant il était bandant, à nous confier ainsi le Phallus intégralement.
En 2012, pour fêter sans doute leur cuisant revers, les socialistes, le vent en poupe, charge la barque des mesures à même de mobiliser l'électorat frontiste et la frange la plus droitière des troupes potentiels de l'UMP. L'objectif est clair : faire qu'un transfert significatif s'opère pour que Marion Le Pen se substitue à Sarkozy. Le Sénat, à peine passé à gauche, s'est empressé d'inscrire la loi sur le vote des étrangers aux élections locales. Était-ce le plus urgent ? Sans doute pas. Mais il fallait envoyer des signes rapides aux personnes hésitant entre la blonde aboyeuse et le Napoléon de pacotilles. Il n'est pas sûr qu'ils réussissent mais, pour le moins, ils auront eu une stratégie.
Dès lors, il ne sert à rien de pleurer à billets répétés sur la gangrène lepéniste. C'est commun, convenu, et ne touche pas à l'essentiel. Elle est dans son rôle, assume ses choix. Le danger que la classe politique, dans sa grande majorité, lui attribue est un leurre. Non qu'il ne faille pas se prémunir d'elle, mais ceux qui, la main sur le cœur, vous jurent qu'ils ne mangent pas de ce pain-là sont les mêmes qui lui fournissent sa gamelle. Et c'est bien sur ce plan que l'on mesure combien la démocratie française en ce début de siècle est une planche pourrie.
14:13 Publié dans Pâtée de campagne | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : marion le pen, parti socialiste, jacques chirac, nicolas sarkozy, manipulation, fantasme
26.01.2012
Avant, pendant, ailleurs...

Andy Warhol, Big Electric Chair (série : Disaster), décembre 1967-janvier 1968, Centre Pompidou
On t'a dit, depuis les Grecs c'est ainsi : la vie ne tient qu'à un fil. Les Parques, Atropos, toute l'histoire. Mais il est là, le fil, coupé, justement, qui traîne et, relié, câblé, ajusté, signe ton arrêt de mort.
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