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  • Eric Matthews, mélodique.

    Lateness of the Hour date de 1997. L'album reste confidentiel. Son compositeur, Eric Matthews, ne cherche pas les feux de l'actualité. Il n'a même pas envie de se produire sur scène. Il compose, joue de multiples instruments, chante et produit. L'ensemble est d'une délicatesse infinie. Pour un Américain, on trouve un sens surprenant, quasi british, de la pop. Plus de vingt ans après l'avoir découvert, le plaisir reste intact.


     

  • Murs (XIII)

    Le mur simple, droit, n’a pas le prestige de l’arcade à moitié tombée, du pilier sculpté rongé par les pluies, de l’arche toujours intempestive. On le considère comme un lien, une transition. Il mène à autre chose, et quand il n’est plus que le seul souvenir du lieu, on néglige qu’il est l’ordre premier de la construction, la légitimation intrinsèque de toutes les audaces. C’est le fondement de la maçonnerie.

    Je regarde le mur simple qui s’effrite et je pense aux inconnus bâtisseurs, quand, sur l’arcature, sur le moindre percement, j’imagine la foi de l’architecte. Mais nous ne fixons plus notre attention que sur la désignation de l’artifice. Nous faisons comme si ce mur à moitié en décomposition n’était plus là, alors qu’il est notre quotidien et, sans doute, notre devenir de perclusion qu’on veut ignorer…

  • Trois fois rien

    Une chanson, de quelques-uns. Le montage, d'un autre. Et le blog d'un autre, encore. Une chaîne dérisoire. Trois fois rien, de la "chronique d'un siècle qui s'enfuit"...


  • Murs (XII)

     

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    Il y a ce lieu commun de la photographie : le passant, le long du mur, quand celui-ci joue sa pleine fonction d’arrière-plan. Le mur-décor, grâce auquel se détache la silhouette : fragile, fugitive, incertaine, incongrue, fantaisiste, qui file vers la sortie, comme si elle fuyait la photo même, après avoir repéré ou simplement pressenti la filature, l’œil du guetteur.

    Cette silhouette est l’incarnation inséparable du monde, semble-t-il. Rien ne pourrait être sans elle, qui passe. Elle est la finalité de l’instant, que la durée soit ou non. La nomenclature de toutes les paroles à venir : visage, corps, posture, habits, allure, démarche, est là ; et le mur n’est, lui, qu’un faire-valoir. Il est la plaque neutre, eût-il des marques, des traces, des lambeaux d’affiches, des tags, des moulures à moitié décaties. Il n’est que l’insigne soumission des choses au masque qui fait relief.

    Dans le mur photographique, il y aurait donc, par essence, une destinée lugubre, de n’être rien. Il serait toujours un peu l’ombre de lui-même, décoratif jusqu’à l’effacement.

    Mais n’est-ce pas prendre les choses à l’envers ? N’est-ce pas le quidam, héros involontaire souvent du photographe, qui y gagnerait ? N’est-il pas un accident ? Une accroche itinérante propre à désigner la profondeur de ce que nous regardons, profondeur impitoyable qui nous ramène immanquablement à notre agitation théâtrale ? D’une certaine manière, le mur soutient peu la silhouette : elle la creuserait plutôt, l’aggraverait d’un contour brutal et terrible, à la manière dont on regardera les profils sur les pièces de monnaie, quand le cliché est net. S’il est flou, on explorera plutôt l’horizon de la tache ou de la salissure. Pour tout dire : dans le jeu du mur et de l’être, celui-ci tourne au détail, à l’anecdotique. C’est lui le décor, la moulure, comme un corps de cendres…

     

    Photo : Philippe Nauher

     

  • Du lieu où l'on parle

     

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    "There is no way ! There is no way !" hurle, indigné, Adam Kesher, à qui, dans les bureaux de la production, on veut imposer l'actrice principale. There is no way. Il n'y a pas moyen. Impossible. Niet.

    Évidemment, il pliera et les frères Castigliane, tout mafieux parodiques qu'ils sont, auront le dernier mot.

    Il n'y a pas moyen. Mulholland Drive forme le troisième pilier fascinant, avec Jean-Luc Godard et Wenders, de ce regard âpre des cinéastes sur le monde dans lequel ils essaient de croire, celui d'un autre monde auquel ils voudraient que nous croyions.

    Mais c'est déjà étrangement passé et dépassé, comme étouffé dans l'œuf. Le spectacle n'est pas sur l'écran (bien que si, en abyme...) mais dans l'arrière-cour, dans les cuisines. Le film est beau de cela : rien ne se crée, tout se négocie, sans quoi la sortie de route est imparable. Beau et forcément un peu désarmant, plus désarmant encore que de savoir où et comment débute le scénario. C'est une autre histoire. Celle qu'on peut se raconter, ensuite, et qu'aucun producteur ne peut, cette fois, nous arracher.  

    Et pour commencer la dérive, la musique même du film, d'Angelo Badalamenti (qui, au passage, joue l'un des deux frères Castagliane) : fausse torpeur...


  • Murs (XI)

    Le mur blanc prend le soleil ; il se rétracte à n’être plus qu’un grand panneau réfléchissant qui rebondit sur toi, comme un fauve, et si tu le regardes en face, les yeux dans les yeux, il impose sa toute puissance, sa vindicte brûlante. Il a converti l’énergie : il est plus fort que toi. Et tu dois clore les paupières. Tu n’as plus qu’à penser le mur sans le voir, mais en le sentant comme un horizon aveugle.

    Puis c’est l’ombre. Il en a fini de son pacte avec le soleil, parti plus loin vers l’autre côté. Il s’étend ; il dépose sa voile sur le sol. Tu t’approches. Il a gardé, quand tu appliques ta main sur lui, le témoignage de sa violence méridienne. Chaleur moindre en passe de résorber le tranchant du zénith.

    Et tu attends le soir, quand, appuyé contre sa torpeur, qui est aussi un peu la tienne, tu fais le bilan de ta journée, entre deux gorgées d’eau de citron. Tu es contre le mur et, pourtant, proche d’une paix silencieuse. C’est dans son appui bientôt invisible : il fait nuit, que tu trouves le repos.

     

     

     

  • Murs (X)

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    Photo : Philippe Nauher

  • Murs (IX)

    Ce n’est pas le mur, ni son prolongement, mais l’habillage transitoire de la faille, de l’usure que l’on colmate, de la salissure qui répugne. Il fallait ravaler. La discipline décennale et l’artifice des Beaux-Arts.

    Faire propre le mur.

    A cet effet, on a sorti l’armature et d’étage en étage on entend le trincaillement tubulaire qui s’amplifie, pourvu que le vent prenne à sa charge le chant des hauteurs.

    Sur lesquelles le maçon règne comme vigie.

    Par souci d’esthétique, pour ne pas gâcher le paysage (et tout à coup, on y pense : le mur décrépi est digne d’intérêt. Panneaux, encorbellements, cariatides et décrochements…), on a tendu une toile commerciale plus ou moins transparente. On habille le mur d’un masque.

    Et face à ce qui est momentanément soustrait à notre regard, nous échafaudons l’histoire de nos souvenirs, quand nous sommes passés tant de fois dans cette rue ; et bien que nous nous fassions bien une idée de l’endroit, le degré d’incertitude existant suscite en nous une attente curieuse de ce qui nous était, au fond, indifférent.

  • Murs (VIII)

    La lézarde part du coin droit du haut du mur, pour descendre jusqu'au sol.
    C'est une cicatrice.
    Une veine.
    Le signe hasardeux et pourtant précis de l'histoire de cette façade.
    Elle témoigne de l'ébranlement tectonique qu'on ne sent jamais, qu'on n'entend jamais.
    Personne ne pourrait dire le jour de son apparition et maintenant, d'une certaine façon, il est trop tard. Il faut faire avec, jusqu'à l'impossible.