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off-shore - Page 5

  • Puis, plus rien...

    L'heure fut atmosphérique.
    Les Flamands en faisaient des tourments et des orages. Puis ils furent comme plus légers, malgré l'incertitude. En subtiles esquisses dans les toiles d'Eugène Boudin.
    Stéphane Audeguy, il y a quelques années, leur consacra un livre délicieux quoiqu'un peu surfait.
    Et quand tu les regardes, grossir ou se dissiper, tu comprends aisément la place inaugurale que Baudelaire leur consacra dans Le Spleen de Paris.
    Aussi informels et désagrégés soient-ils, ils gardent une part de matière dont chacun nourrira sa rêverie.
    Encore qu'il ne faille pas se leurrer... L'heure est au cloud, à la dématérialisation de ses souvenirs, qui traînent ainsi dans l'espace sans jamais exister vraiment, sans qu'on puisse en sentir la pesanteur.
    Ces nuages cryptés ne sont ni des imaginaires, ni des rêveries, mais des magasins de preuves et de service. Des sources informatiques qui ne peuvent combler notre soif. Que le ciel invisible de la technologie, rempli de bugs et d'interférences, se soit symboliquement substitué à celui bien réel des caprices du temps, que le cloud, grave et cumulatif, sans lequel l'homme contemporain ne se sent plus vivre, prime sur la suspension aléatoire des nuages, voilà ce qui a de quoi assombrir l'âme...

     

  • Actualité

    Ce n'est plus l'Ennui qu'il faut  craindre mais les instruments programmés et obsolescents qui désignent celui-ci en creux. La technicité comme médication ou viatique, voilà bien le règne de la Terreur...

  • Passer son chemin

    Il y a ce qu'on dit (ou écrit, tel est le pire) et la poussière derrière la poreuse remise où l'on n'a, paraît-il, jamais installé la lumière. C'est ainsi que l'on croit que tu as une araignée au plafond, parce que, justement (avec la justesse des brise-lames), tu n'es dupe de rien.

    En faisant ainsi chemin, tu es sûr de t'écarter de la voie médiane, de ce haut du pavé qui consacre. Tu ressembles à un épouvantail, quoique tu portes belle veste et boutons de manchette.

    Tu n'augures rien de bon. Tu n'es pas là pour cela, mais pour donner la solution ultime des mots croisés inachevés.

  • Marée basse

    Parfois, le chagrin est là, comme un résiduel, la trace du sel qui agace ta peau après un bain dans la Manche. Ce n'est pas un reste qui te dérange, mais une démangeaison habile et souveneuse. Tu passes ta langue sur ton avant-bras. Un mélange de ce que tu es et de ce qui t'excède. Telle est l'histoire qui blesse et te bénit ; le jour faillit ; le pouvoir qui se volatilise et tu reprends courage...

  • Steely Dan, bonheur désormais clos

    Steely Dan était un duo unique dont la figure la plus connue était le très remarquable Donald Fagen. Mais Walter Becker, plus discret et sombre, ne comptait pas moins. Il est mort dimanche. Nul besoin de s'étendre. Pour ceux qui voudraient découvrir l'alchimie du groupe, qu'ils écoutent Aja et Gaucho, deux albums de quarante ans d'âge.

    Le morceau qui suit s'intitule Babylon Sisters, tiré de ce dernier opus.


  • La moindre des choses

    Est-il nécessaire que ce soit connu ? ou su ? Ne serait-ce même que lu ? Ce sera, en temps et en heure, dissous, ou rapiécé. On dira : quelle étrangeté ! Ou bien que cela rappelle un motif ancien, une phrase, quelque chose qui traîne dans la mémoire. Plus vraisemblablement : poubelle ! Il faut que la pièce soit débarrassée. Les nouveaux locataires arrivent la semaine prochaine. Ils ne veulent rien récupérer. Ils veulent faire table rase. Tabula rasa. Tout lieu, qu'il soit réel, physique, ou symbolique, quasi imaginaire (comme une page écrite ou une orchestration), doit finir sans encombres. C'est l'âme clinique du nouvel orgueil.

  • Rentrée

    "La littérature se vend, comme les fleurs ou les oranges" (Rémy de Gourmont)

     

    "Cette semaine (mais on pourrait trouver, ce samedi, ce dimanche, ou bien dimanche prochain, ou bien le 14 mai, ou bien le 9 septembre...), je serai au salon du livre de Menton (ou bien à la librairie Opuscule de Marennes, aux rencontres des écrivains du déluge avant la pluie de Coutances, à moins que ce ne soit aux quinzaines de la Contestation de Saint-Gaultier,...), pour présenter mon dernier roman (si ce n'est mon dernier recueil de nouvelles, ou un florilège de mes chroniques intempestives sur Radio-Pâquerettes)"

  • Barbara, tout simplement

     

    Barbara n'est pas la plus grande chanteuse française. C'est la seule. Elle a tout : la voix, le phrasé, l'élégance, la présence, l'art de créer un monde en quelques minutes. Beaucoup la trouvent sombre. Soit. Mais elle sait si bien être drôle, ironique, et plutôt que de se morfondre en attendant le vingtième anniversaire de sa disparition, précédons les vains hommages médiatiques par une chanson savoureuse. 


     

     

  • Puis on continue

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    Tu n'es pas le passant mais celui qui passe, parfois s'arrête pour l'imaginaire du paysage ou le désarroi de la pérégrination. Rien, aussi, sinon le semblant d'être ailleurs ; et tu regardes, au ras, l'asphalte atmosphérique le séparant de toi, celui qui ne saura jamais rien de plus à ton endroit, qui ne t'a même pas vu, et pour qui tu aurais pu laisser l'appareil  dans la sacoche...

     

    Photo : Philippe Nauher

  • La densité

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    La lumière vient de l'intérieur, d'une source à la fois située et inestimable. Tu la reçois comme un approximé. Au contraire de tout ce qu'on pourrait croire, rien n'est clair à cause d'elle, d'abord. Elle est l'alerte, quand tu passes dans la rue, dans l'après-midi qui s'incline devant le ciel d'orage grondant. La lumière est là, mais elle n'est pas, de toute manière, ton attente, ce qui dirige ton regard et fixe ton attention. Elle est certes le fond nécessaire, impérieux, en quelque sorte : ce qui permet qu'il en soit ainsi. Mais l'important est au devant d'elle, dans la dissémination des objets, selon une histoire que tu ne connais pas, La lumière n'éclaire pas la scène, pour en détailler les éléments : elle les dé-signe, pour les mettre en avant. Ils sont sur l'estrade, plus que sur le rebord de la fenêtre, ou sur des tréteaux de rangement collés à la dite fenêtre. Tu n'en sais rien, tu as des doutes et c'est à ce titre qu'ils deviennent des figures, qu'ils portent masque. Ils ne sont pas l'ombre d'eux mais se dessinent dans leur fragilité d'objets et se magnifient de leur basse définition.

    Tout procède de l'impolitesse de la vitre qui neutralise les efforts de la technicité que tu tiens dans les mains. Elle est la dérision de ton désir de précision, pour que tout soit net et qu'on puisse y voir quelque chose. Elle donne une densité qui n'a rien à voir avec le flou que tu pourrais fabriquer à partir de ton appareil. Elle n'en a pas la linéarité. Cette impolitesse varie selon un faussé qui a l'apparence de l'aléatoire. Chaque centimètre carré te semble un territoire propre, projetant un éclat particulier qui enraie ton regard et dans toute cette diffraction, tu t'accroches au goulot de la bouteille sur la droite et au haut du bocal sur la gauche, qui tranchent dans le quadrillage...

     

    Photo : Philippe Nauher