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La Raison du sol

Pour être, il faut avoir les pieds au sol. Peut-être notre hyper-modernité, à force d'élévation, d'ascenseurs à haute vitesse, d'escalators en tout genre et de constructions aux étages incalculables, l'a-t-elle oublié... Pourtant, l'homme, c'est l'humus, par le biais de la racine indo-européenne *ghyom. Ce qui se décompose pour nourrir, ce qui est là, dans la durée, ce qui s'installe : le terreau de son histoire, au-delà de lui-même. À ce titre, la filiation n'est que la prolongation de l'assignation au monde qui nous entoure.

La Raison du sol n'est pas l'inertie faisandée qu'en font ses détracteurs mais l'indice de ma relation à ce même sol, et par relation il faut entendre à la fois le lien et l'histoire, ce formidable scénario de cendres, de poussières et de boue qui m'assigne doucement ; le chemin inventorié mainte et mainte fois que j'emprunte et le grave répertoire des empreintes, les miennes et celles du prédécesseur. Je ne sais pas m'orienter sans ce sextant sur la mer du temps et les vicissitudes des années. Tous les exilés le savent : ce n'est pas nostalgie (maladie de la guerre s'il en est, déterminée au XVIIIe siècle) que de sentir sa foulée se dérober dans l'ornière du passage qui reste passage, mais bien plus de ne pouvoir rebattre le terreau connu.

Même les plus cosmopolites, qui chantent à tue-tête le besoin du voyage, concèdent qu'en quelque lieu, oui, là est leur enracinement, là demeurent leur havre et leurs silences les plus profonds. Ils mentent, et deux fois : aux autres et à eux-mêmes, ces gargouilles du passeport rempli, ces haineux de la répétition (alors qu'ils sont justement dans la répétition, la plus mortelle, celle de l'épuisement prétentieux face à un monde qu'on ne peut épuiser, sinon à le méconnaître totalement). Il n'y a pas à les envier, non plus qu'à les plaindre, mais à ne pas leur ressembler. 

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