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affairisme

  • Bruxelles, capitale funèbre...

     

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    Que l'artificielle Belgique ait donné, par sa symbolique capitale clivée, l'identité bureaucratique d'une Union européenne qui n'existe que pour les boutiquiers, les affairistes et les voleurs, est, pour reprendre Hegel, "une ruse de l'HIstoire". Comme quoi, ce qui n'a jamais été peut réussir à faire que nous ne soyons plus. L'absorption d'un trou noir en quelque sorte...


    Photo : Charles le Bresseler

  • Le prix de l'étranger

     

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    La classe politique française s'indigne. Elle aime cela, notre classe politique. Elle a l'éthique chevillée au corps. Il suffit de voir les diverses affaires troubles dans lesquelles elle a trempé ces trente dernières années pour se dire qu'elle est irréprochable. 

    Dans le cœur de l'été, elle a trouvé un nouveau sujet par quoi elle peut montrer sa vertu populaire et son sens de la mesure. Elle s'indigne, droite et gauche confondues, de Jouanno à Cahuzac, devant le salaire annuel astronomique de Zlatan Ibrahimovic, transféré du Milan AC au PSG. 14 millions d'euros. La somme n'est pas petite, il faut bien le reconnaître. Mais qu'y a-t-il de choquant, vraiment ? Ne sommes-nous pas déjà engagés depuis vers plus de vingt ans dans un délire économico-sportif qui suit une courbe exponentielle pour que l'on s'en alarmât seulement un 17 juillet 2012 ? On hésite entre l'hypocrisie et la bêtise. À moins que ce ne soit les deux. Car l'indécence ne peut concerner le seul Ibrahimovic. Il n'est qu'un pion (certes très favorisé) du système, lequel système mériterait qu'on le décortique en détail pour cerner ce qui justifie ainsi de telles sommes autour d'un ballon rond. Entre prestige, argent sale, blanchiment et trucages, il faut bien mesurer que le sport, et le foot en particulier, pue.

    Cette puanteur, les politiques ne font que l'entretenir. Sur le plan économique, leur complaisance, avec les dérives mercantiles et les aides publiques, plus ou moins déguisées, est coupable. Sur le plan moral, ils se discréditent en n'exigeant pas de la fédération française de football qu'elle nettoie ses écuries d'Augias et vire de la représentation tricolore des petites frappes sans éducation. Et justement, et ce n'est pas la moindre des contradictions, ces si peu dignes représentants de la France gagnent eux aussi des sommes colossales, sans même à avoir à descendre du bus. Ribéry gagne 800 000 euros mensuels au Bayern. On tourne autour des mêmes chiffres pour Benzema, Nasri,... Qu'ont-ils à dire sur le sujet ? Qu'ont-ils dit ? Rien. Quand Zidane aurait touché 10 millions d'euros du Qatar pour qu'il soutienne la candidature (victorieuse) de ce pays à l'organisation de la coupe du monde, que disent-ils ? Rien de plus.

    C'est alors qu'une pensée gênante vous traverse l'esprit. Jouer la vertu, la morale, et l'indignation en temps de crise, tout cela est d'autant plus facile quand elle concerne un étranger. Ibrahimovic, aussi fortuné soit-il, est pour le coup le métèque de service. La classe politique dit son écœurement, sur le sujet, quand c'est elle qui écœure.

    Le plus cocasse serait évidemment que le PSG, avec son recrutement en euros qataris, gagne la Champions League, auquel cas les indignés estivaux seraient les premiers à se fendre d'un message admiratif célébrant une réussite exemplaire du sport français. Il n'y a plus qu'à attendre le mois de mai 2013.



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  • Actualité de Léon Bloy

    http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/7/7a/L%C3%A9on_Bloy_1887.jpg/200px-L%C3%A9on_Bloy_1887.jpg

     

    Gustave Flaubert nous avait déjà gratifiés d'un Dictionnaire des idées reçues qui ne manquait pas de sel mais en restait justement aux limites du cadre définitoire. On attend que l'écriture se déploie, en vain (certains diront que l'auteur s'était chargé de mettre en scène la bêtise dans ses romans... certes). Avec son Exégèse des Lieux communs, Léon Bloy satisfait notre désir jubilatoire. On y trouve l'acidité, la radicalité d'une fin de siècle qui soulignent combien notre présent est aseptisé. Mais il paraît que l'esprit caustique n'est plus de mise. Il faut une consensualité apaisante, que les mots sont doux (sans doute pour compenser la dureté du monde). Bloy mêle le déchaînement littéraire à un regard acerbe sur ce qui l'entoure, le premier procédant sans aucun doute du second. Des Esseintes, le héros du À Rebours de Huysmans, parle déjà d'«une langue tout à la fois exaspérée et précieuse». Pour ceux qui ne l'aiment guère, et il y en a (la France a ses pestiférés et ses saints, dans une distinction qui mériterait qu'on s'y arrête plus longuement), Bloy, c'est le fiel, la haine, une misanthropie vindicative et lassante. Quand bien cela serait-il, il faut ne pas l'avoir lu pour le réduire à ce jugement. Et s'il fallait considérer la littérature à l'aune de la bien-pensance actuelle, nous aurions une bien petite bibliothèque. Bloy, comme Flaubert, était un homme peu facile. Il n'aimait voir le monde se fourvoyer, ne chantait pas sur les grandes orgues du progrès, voyait avec lucidité s'établir les enjeux d'une idéologie marchande conduisant à l'acculturation massive (et qu'on ne nous parle pas des Trente Glorieuses comme démenti : le bonheur occidental doit tout au spectre communiste, à la peur de l'invasion venant de l'Est. Nous devons moins notre bonheur matériel à nos propre luttes qu'aux menaces d'une extension communiste, aux SS20 et au goulag... Mais la récréation est finie, comme le prouve le mouvement régressif dans lequel nous sommes pris). En ces temps où triomphent la financiarisation du monde et la soumission pleine et entière à la loi du marché, relisons cette page publiée en 1901.


    LES AFFAIRES SONT LES AFFAIRES

    De tous les Lieux Communs, ordinairement si respectables et si sévères, je pense que voici le plus grave, le plus auguste. C'est l'ombilic des Lieux Communs, c'est la culminante parole du siècle. Mais il faut l'entendre et cela n'est pas donné indistinctement à tous les hommes. Les poètes, par exemple, ou les artistes le comprennent mal. Ceux qu'on nomme archaïquement des héros ou même des saints n'y comprennent rien.

    L'affaire du salut, les affaires spirituelles, les affaires d'honneur, les affaires d'État, les affaires civiles même sont des affaires qui pourraient être autre chose, mais ne sont pas les Affaires qui ne peuvent être que les Affaires, sans attribution ni épithète.

    Être dans les Affaires, c'est être dans l'Absolu. Un homme tout à fait d'affaires est un stylite qui ne descend jamais de sa colonne. Il ne doit avoir de pensées, de sentiments, d'yeux, d'oreilles, de nez, de goût, de tact et d'estomac que pour les Affaires. L'homme d'affaires ne connaît ni père, ni mère, ni oncle, ni tante, ni femme, ni enfant, ni beau, ni laid, ni propre, ni sale, ni chaud, ni froid, ni Dieu, ni démon. Il ignore éperdument les lettres, les arts, les sciences, les histoires, les lois. Il ne doit connaître et savoir que les Affaires.

    -Vous avez à Paris la Sainte-Chapelle et le Musée du Louvre, c'est possible, mais nous autres, à Chicago, nous tuons quatre-vingt mille cochons par jour !... Celui qui dit cela est vraiment un homme d'affaires. Cependant, il y a plus d'hommes d'affaires encore, c'est celui qui vend cette chair de porce, et ce vendeur, à son tour, est surpassé par un acheteur profond qui en empoisonne tous les marchés européens.

    Il serait impossible de dire précisément ce que c'est que les Affaires. C'est la divinité mystérieuse, quelque chose comme l'Isis des mufles par qui toutes les autre divinités sont supplantées. Ce ne serait pas déchirer le Voile que de parler, ici ou ailleurs, d'argent, de jeu, d'ambition, etc. Les Affaires sont l'Inexplicable, l'Indémontrable, l'Incirconscrit, au point qu'il suffit d'énoncer ce Lieu Commun pour tout trancher, pour museler à l'instant les blâmes, les colères, les plaintes, les supplications, les indignations et les récriminations. Quand on a dit ces Neuf Syllabes, on a tout dit, on a répondu à tout et il n'y a plus de Révélation à espérer.

    Enfin ceux qui cherchent à pénétrer cet arcane sont conviés à une sorte de désintéressement mystique, et l'époque est sans doute peu éloignée, où les hommes fuiront toutes les vanités du monde et tous ses plaisirs et se cacheront dans les solitudes pour consacrer entièrement, exclusivement, aux AFFAIRES.