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  • Droit dans le mur

    "La vie, pourrait-on dire, est toujours -et de façon endémique- une autocritique. Mais la vie moderne, semble suggérer Valéry, a tellement accéléré cette critique, que la réalisation du but jusqu'alors poursuivi discrédite et ridiculise le besoin (mettant au jour son inexcusable modestie) au lieu de le satisfaire. On peut avancer que lorsque l'assouvissement du besoin devient une accoutumance, aucune dose de satisfaction ne peut plus l'assouvir. À certaine vitesse critique, la satisfaction devient inconcevable -alors l'accélération elle-même, plutôt que l'accumulation de gains, devient la raison de la poursuite. Dans ces circonstances, l'opposition entre conservatisme et création, préservation et critique, s'effondre. (l'implosion de l'opposition est comprise avec à-propos par l'idée de recyclage, qui mélange la préservation au renouveau et le rejet à l'affirmation) Être conservateur consiste à maintenir le rythme de l'accélération. Mieux encore -maintenir, préserver la tendance de l'accélération à accélérer toute seule..."

      Zygmunt Bauman, La Vie en miettes, Le Rouergue/Chambon, 2003 (1995)

  • OK Computer, souvenir...

    Il faut prendre le titre du meilleur album de Radiohead avec toute la distance ironique qui soit. Vingt ans après, les douze compositions portent toujours. Quand à Let down, il n'y a que les Beatles pour avoir en six ou sept occasions mieux creusé encore le sillon de la pop.


  • Puis, plus rien...

    L'heure fut atmosphérique.
    Les Flamands en faisaient des tourments et des orages. Puis ils furent comme plus légers, malgré l'incertitude. En subtiles esquisses dans les toiles d'Eugène Boudin.
    Stéphane Audeguy, il y a quelques années, leur consacra un livre délicieux quoiqu'un peu surfait.
    Et quand tu les regardes, grossir ou se dissiper, tu comprends aisément la place inaugurale que Baudelaire leur consacra dans Le Spleen de Paris.
    Aussi informels et désagrégés soient-ils, ils gardent une part de matière dont chacun nourrira sa rêverie.
    Encore qu'il ne faille pas se leurrer... L'heure est au cloud, à la dématérialisation de ses souvenirs, qui traînent ainsi dans l'espace sans jamais exister vraiment, sans qu'on puisse en sentir la pesanteur.
    Ces nuages cryptés ne sont ni des imaginaires, ni des rêveries, mais des magasins de preuves et de service. Des sources informatiques qui ne peuvent combler notre soif. Que le ciel invisible de la technologie, rempli de bugs et d'interférences, se soit symboliquement substitué à celui bien réel des caprices du temps, que le cloud, grave et cumulatif, sans lequel l'homme contemporain ne se sent plus vivre, prime sur la suspension aléatoire des nuages, voilà ce qui à de quoi assombrir l'âme...

     

  • Actualité

    Ce n'est plus l'Ennui qu'il faut  craindre mais les instruments programmés et obsolescents qui désignent celui-ci en creux. La technicité comme médication ou viatique, voilà bien le règne de la Terreur...

  • Passer son chemin

    Il y a ce qu'on dit (ou écrit, tel est le pire) et la poussière derrière la poreuse remise où l'on n'a, paraît-il, jamais installé la lumière. C'est ainsi que l'on croit que tu as une araignée au plafond, parce que, justement (avec la justesse des brise-lames), tu n'es dupe de rien.

    En faisant ainsi chemin, tu es sûr de t'écarter de la voie médiane, de ce haut du pavé qui consacre. Tu ressembles à un épouvantail, quoique tu portes belle veste et boutons de manchette.

    Tu n'augures rien de bon. Tu n'es pas là pour cela, mais pour donner la solution ultime des mots croisés inachevés.

  • Marée basse

    Parfois, le chagrin est là, comme un résiduel, la trace du sel qui agace ta peau après un bain dans la Manche. Ce n'est pas un reste qui te dérange, mais une démangeaison habile et souveneuse. Tu passes ta langue sur ton avant-bras. Un mélange de ce que tu es et de ce qui t'excède. Telle est l'histoire qui blesse et te bénit ; le jour faillit ; le pouvoir qui se volatilise et tu reprends courage...

  • Steely Dan, bonheur désormais clos

    Steely Dan était un duo unique dont la figure la plus connue était le très remarquable Donald Fagen. Mais Walter Becker, plus discret et sombre, ne comptait pas moins. Il est mort dimanche. Nul besoin de s'étendre. Pour ceux qui voudraient découvrir l'alchimie du groupe, qu'ils écoutent Aja et Gaucho, deux albums de quarante ans d'âge.

    Le morceau qui suit s'intitule Babylon Sisters, tiré de ce dernier opus.