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musique - Page 4

  • Didier Squiban, comme un miroir de pluie

    Tu peux attendre que tout s'arrache, que tout se vende, que l'on arase ce que tu as fait. Les lieux les plus pauvres sont ceux qui t'appartiennent le mieux, comme des souvenirs de trois fois rien. Une mer pure ; au lointain, un goémonier qui plonge ses pinces dans l'eau. Le retour se fera comme l'aller, à effleurer les ledenez. Tu reviendras à bon port, les mains dans les poches, sans rien ramener. Pas le moindre caillou, pas la moindre brindille. Tu riras seulement que dans tes chaussures, que tu retires dans ta modeste chambre d'hôtel, il reste du sable de là-bas. Ses cheveux, à elle, mélangent le sel et son odeur qui t'est si douce. Tu te mets à la fenêtre. Quelques nuages, à fredonner Squiban, qui a enregistré son album dans l'église de Molène.


     

  • Plutôt que l'indignation hystérique...

    Plutôt que d'invoquer les vertus républicaines et autres balivernes laïques, il serait urgent que la France, et à travers elle l'Europe, pense à ce qui l'a fondée, à ce qu'on veut détruire, ce que l'on nous somme de taire. J'entendais dernièrement Jean Rouaud s'extasier sur Bach et conclure, avec une naïveté un peu niaise (1), qu'il avait composé tout cela parce qu'il avait, ce Bach, la foi. Voilà qui serait une découverte. Mais n'en est-il pas de ce qui donne sens à notre décor, à notre espace, à notre art, à cette historicité profonde que la modernité a voulu neutraliser en la muséifiant, en la réduisant à une patrimoine visitable dimanche et jours de fêtes (2). Revenir à la colonne vertébrale de notre histoire européenne serait une ambition plus lourde et plus sérieuse que d'être Bruxelles après avoir été Paris. L'idiote Hidalgo, reine municipale des bobos, a illustré la radicalité de la bêtise qui nous mène vers le chaos et l'asservissement : pour conjurer la violence, elle a voulu que la Tour Eiffel soit illuminée aux couleurs de la Belgique. Pauvre Belgique, dirai-je après Baudelaire. Pauvres morts que le ridicule des regrets et des repentances de circonstances tue une seconde fois en quelques heures.

    Devant tant de désordre, hier, j'ai relu Proust. Du côté de Guermantes, et écouté Bach, les Toccatas 910 à 916. Ce n'était pas très solidaire, comme on dit aujourd'hui. Mais que puis-je faire d'autre puisque ma voix, qui conchie la République, les fausses valeurs laïques, l'islamo-gauchisme au pouvoir, les compromissions des intérêts mondialistes et libéraux, cette voix n'a le droit qu'au mépris et à l'ignorance ?

    Aujourd'hui, j'ai relu Hoffmann, L'Homme au sable et, avec grand bonheur, j'ai retrouvé le Stabat Mater de Pergolesi, dirigé par Claudio Abbado. De magnifiques profondeurs qui sont aussi ce que veulent tuer les islamistes. Oui, Bach et la foi. Pergolesi et la foi. Proust s'inquiétant des églises qui partent en ruines. Oui. Mon pays, mon passé, mon présent et mon hypothétique futur.


     

    (1)Ce regret n'est pas une marque de mépris, mais un vrai étonnement, tant j'ai de considération pour cet écrivain et en particulier pour sa trilogie initiale et familiale

    (2)Quoique pour le dimanche, cela risque d'être difficile pour beaucoup, maintenant que tout doit être ouvert...

  • La quiétude

    Il y a cette singulière attention que l'on doit à ce qui passe, et la nécessité de sentir que tout vient s'achever en soi, paisiblement. Le sacré, comme un soin de l'âme. On oublie (ou l'on ignore) que depuis des siècles, dans l'antériorité de leur propre disparition, des hommes ont déjà pensé à nous. Ils ont écrit, peint, ou composé. Non pas pour nous consoler mais pour que nous ayons moins peur. Moins peur de vivre et de mourir. Ainsi ne faut-il pas prendre le Funeral Canticle de John Tavener avec angoisse mais dans la quiétude de ce qui vient de loin, passant les siècles comme nous allons nous-mêmes passer...


  • XTC, pizzicati et spirales

     

    La composition qui suit, extraite du meilleur album de XTC, Apple Venus vol.1, est un bijou d'Andy Partridge qui renvoie les étoiles de la pop filante à leur futilité. Elle s'intitule River of Orchids.

     


  • Scarlatti, pour ne pas céder à la tristesse

    Le seul prestissimo des 555 sonates, par le très élégant Andràs Schiff


  • Pour un retour à la maison, Bach et Tharaud

     

     

    Telle est la nécessité, la vraie... De ces maisons que nous venons habiter autant que le noiseux quotidien nous en laisse l'occasion. Parmi les plus hautes de ces demeures, en ce territoire qui n'est qu'à nous, Bach. Bach joué magnifiquement par Alexandre Tharaud.

     


  • Michael Nyman, illusion baroque

    Avant de parler de Michael Nyman et d'écouter une de ses compositions, un mot de cinéma. Ce musicien est en effet indissociable des œuvres de Peter Greenaway, comme Hermann l'est de Hitchcock ou Badalamenti de Lynch. Il en épouse l'excentricité et le formalisme, avec un bonheur inégal (comme d'ailleurs l'œuvre cinématographique de Greenaway où quelques beautés cotoient des délires indigestes.)

    L'une des ses plus belles réussites correspond d'ailleurs au film le élégant du réalisateur anglais, The draughtman's contract (que des distributeurs français ont stupidement traduit par Meurtre dans un jardin anglais), dans lequel se mélangent les prétentions esthétiques du héros et les intérêts masqués des commanditaires. C'est, et de très loin, son long métrage le plus subti.

    Pompant joyeusement Henri Purcell en y joignant les effets parfois excessifs de la musique répétitive contemporaine, Michael Nyman offre une bande-son où le sérieux et la grâce côtoient des compositions plus sarcastiques. Il y a de la pompe, parfois à l'excès, mais c'est justement là tout le plaisir. Nyman ne cesse de faire des clins d'œil. Certains trouveront l'affaire un peu kitsch et somme toute postmoderne dans le goût d'une réutilisation parodique du passé. Soit : encore sont-ils peu à savoir le faire avec mesure et intelligence... 


     

  • "Where have they been..."

    Il faut aussi fermer la porte à nos séances d'analyse, à nos heures à chercher de repos et mettre au tiroir nos gribouillis inachevés. Mais ce n'est pas si simple, et nous avons aussi nos mièvreries, je l'ai déjà écrit dans un billet, de même que certaines choses qui ne passent pas, qui ne passeront jamais, dans tous les sens possibles du verbe, entre douceur, ardeur et mélancolie. Elles ne s'oublient pas, jamais. Comme le Decades de Joy Division, avec la voix glacée de Ian Curtis...


  • Il y a si longtemps, Dan Ar Bras

    L'excellent guitariste Dan Ar Bras commit en 1977 un magnifique premier album Douar nevez, composé d'instrumentaux inspirés de la légendaire ville d'Ys. Petit label et succès confidentiel.

    Après, il a glissé dans le commercial, comme beaucoup, et exploité la vague bretonnante tout juste bonne à relancer Nolwenn Leroy et à rendre tendance le festival interceltique de Lorient. Il faut bien vivre et être mondialisé (1)...

    Pour revenir à Douar nevez, le morceau qui suit est l'antépénultième composition de l'album. L'orchestration en est datée (la mise en avant de la batterie de Michel Santangelli par exemple) mais l'envolée est belle...


     

     

    (1)Seul à sauver la face aujourd'hui, Denez Prigent, et sa voix rauque de finistérien qu'on peut aussi écouter ici



     

  • La grâce de l'amitié (autour de Brahms...)

    Janos Starker et Gyorgy Sebök étaient amis. Le premier vivait depuis longtemps aux États-Unis, le second venait de fuir la Hongrie mise en coupe réglée par les soviétiques, lorsqu'ils enregistrent cette composition. Leur complicité donne élan et retenue à une des plus belles œuvres de Brahms  parce qu'une sonate alliant avec brio piano et violoncelle double, si l'on peut dire, la magie d'un genre exigeant et sévère (1). Le premier mouvement, en particulier, est d'une beauté à couper le souffle...


     

     

    (1)Bonheur du web : pour la même œuvre, il est possible d'écouter une autre version habitée par une complicité émouvante, celle de Jacqueline du Pré et Daniel Barenboïm.