usual suspects

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

musique - Page 8

  • En continu

     

    musique,centras commerciaux,thomas bernhard,maîtres anciens,consumérisme,rap,r'n'b,abrutissement,mondialisation

    Dernièrement, dans un grand centre commercial (en centre ville...), mon esprit ne s'est pas seulement abîmé d'une foule qui, comme des électrons affolés, allait dans tous les sens ; d'une intempestive lumière agressant mes pupilles ; d'un flot d'écritures réduites à des marques, à des appels aux soldes et à des chiffres ; d'une myriade de visages et de corps trafiqués. Il y avait la musique.

    D'espaces traversés en espaces frôlés, je baignais dans cet abrutissement sonore fait de pièces brutales diverses et pourtant si communes, lignes dansantes et basses décervelées. Du rap, du R'n'B, de l'électro easy listening, de la FM... Un mixte de toutes ces musiques qu'on prétend inventives et d'opposition quand elles sont l'idéale bouillie de l'inconscience consommatrice. Des musiques décérébrées qui réconcilient n'importe qui, même le plus réticent, avec les mélodies des Beatles et la voix chaude de Frank Sinatra (lesquelles ne pourraient nullement convenir au temps contemporain, c'est dire...).

    Cet abrutissement continu est, au fond, un des pires signes de l'époque : celui qui permet de fondre en un seul et même lieu le divertissement d'une industrie musicale de plus en plus débile, le sentiment factice d'une création multiculturelle dit-on universel (alors qu'elle n'est que le supplétif de la mondialisation ultra-libérale), le bain homogène indispensable à l'éternelle frénésie acheteuse.

    La musique (son nappage dans les lieux les plus divers (1) ) n'est pas un decorum mais l'un des indices les plus manifestes de la modernité liquide dénoncée par Zygmunt Bauman. C'est la berceuse qui emmène avec nonchalence d'un étal à un autre.

    La musique est le rail narcotique d'une jouissance consumériste mortifère. Déjà, Thomas Bernhard, dans Maîtres anciens, écrivait :

    "... cette consommation musicale, l'industrie qui dirige les hommes aujourd'hui, la poussera jusqu'au point où elle aura détruit tous les hommes ; on parle tant aujourd'hui des déchets et de la chimie qui détruirait tout, mais la musique détruit encore plus que les déchets et la chimie, c'est la musique qui, pour finir, détruira totalement tout ce qui existe, je vous le dis."


    (1)Revenant d'Italie, l'été dernier, en franchissant le col du Mont-Cenis, je traversai Lanslebourg où des haut-parleurs installés à même la rue centrale, sur quasiment toute sa longueur, nous faisaient cortège. Un vrai bonheur.


     

    Photo : X

  • King Creosote et Jon Hopkins, dérivant

    Le Diamond Mine fruit de la collaboration entre l'Écossais King Creosote et l'Anglais Jon Hopkins est une petite merveille. Les compositions de l'album recueillent la lenteur sans pathos, traversent le cœur d'un minimaliste que l'on croit facile alors que c'est en dépouillant à ce point la mélodie des enjolivements possibles de la production que l'on devine toute l'intelligence des deux compères. Là où beaucoup tourneraient vers les travers new age, avec des morceaux-paysages, eux fouillent encore et encore et surprennent avec délicatesse.

    Ci-après le court et suave Bats in the Attic


     


  • Philip Glass, soliste ou orchestral

    Opening : tu ouvres la boîte...









    Closing : tu fermes les yeux



    Compositions intiale et finale de Glassworks (1981)

  • Mozart, en ferveur...

    En matière de chant choral, je ne connais rien approchant ce qui suit, plus encore dans la version proposée. C'est Mozart, l'Introitus et le Kyrie du Requiem, ainsi que Karl Böhm et le Philarmonique de Vienne le magnifient. Quand d'autres y vont au galop (à la manière du si vanté Harnoncourt), Bohm délie avec mesure toute la grandeur spirituelle de cette musique. Le délicat Dominique Autié invoquait au sujet de cette version "la nécessité de la lenteur". Pour être pénétré de ce qui nous dépasse, croyant ou pas. Et se taire...


  • Entre deux guerres

    Et d'apprendre qu'entre deux fronts, la Somalie et le Mali, le président François Hollande trouve le temps, le lundi 14 janvier, de demander à son ministre de l'agriculture Stéphane Le Foll "d'approfondir les éléments de diagnostic de l'état sanitaire" des deux éléphantes sous le coup d'une décision d'euthanasie, animaux dont la frontiste Brigitte Bardot défend la cause, menaçant même de quitter la France en cas d'exécution de la sentence. Les cas d'urgence ont, par principe, priorité sur tout...

    N'est-ce pas magnifique ? Par ailleurs, rien à ajouter sur le défilé contre le mariage pour tous, dont le sieur Sapin a dit que dans deux mois il aura été oublié (belle manière de manifester... son mépris).

    Alors, puisqu'il faut être incongru, délirant et sans mesure, tout le monde au zoo. Le groupe s'appelle Cage the elephant et le titre est tout un programme : In one ear (And it goes In one ear,/And right out the other,/People talkin' shit but you know I never bother,/It goes In One Ear,/And right out the other,...)



  • Randy Newman, ironique

    Randy Newman est un compositeur peu prolixe. Cinq albums depuis 1979. Seul Donald Fagen (c'est pour un prochain billet) a fait mieux en la matière. Il appartient, ce cher Newman, a une époque qui sent encore la musique faussement easy listening, quand les arrangements et le choix des musiciens signifient encore quelque chose de proprement américain (1). Newman, en fait, ce n'est pas de la pop (concept très anglais) mais une construction qui va de pair avec les espaces urbains informels, les motels, les grosses voitures roulant lentement, des films où on parlerait peu (mais évidemment pas dans le genre intello de Tarkovsky ou Sokourov...) parce que le décor, les constructions sont en soi le mobile du déroulement de la pellicule.

    Ironique, dis-je, le petit père Newman, et pas rien qu'un peu. Prenez ce que vous allez écouter. Le titre est  déjà tout un programme : Short people. S'agit-il des nains ? Admettons. Et d'enchaîner avec délectation. Short people have no reason to live. Bordel ! Que fait la ligue de combat des différences et même qu'il faut plus déconner et se moquer parce que sinon on va vous envoyer les juges et les flics (que par ailleurs on déteste, parce qu'on n'aime pas la répression, c'est bien connu). Il se moque des nains ! Salaud ! Par les armes et vite. 

    Le problème de l'ironie, c'est qu'il faut un minimum d'intelligence et que l'intelligence, depuis que les bonnes sœurs gauchistes (masculin et féminin, pour le coup) ont décrété qu'elle (ils) étaient l'incarnation de la bonne parole, cette intelligence a singulièrement régressé (2). Revenons à Randy Newman qui se moque apparemment des nains. Il est méprisable : il mesure 1m83 ! Voilà qui classe son homme ! Que sa chanson puisse être entendue au second degré, cela échappa à certains. Encore étions-nous en 1977, à un époque où le bucher du politiquement correct n'avait pas été érigé. Que ces short people fussent des gens à courte vue, des  crétins à la vision étriquée, ne frappa pas certains esprits. Soyons raisonnables en diable et cartésiens de surcroît pour se rappeler que "le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ; car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont. En quoi il n’est pas vraisemblable que tous se trompent : mais plutôt cela témoigne que la puissance de bien juger et distinguer le vrai d’avec le faux, qui est proprement ce qu’on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes ; et ainsi que la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies, et ne considérons pas les mêmes choses. Car ce n'est pas assez d'avoir l'esprit bon, mais le principal est de l'appliquer bien." (Discours de la méthode, 1637).

    Il y a évidemment un certain snobisme à vouloir glisser dans le même billet Randy Newman et René Descartes, une sorte d'exercice, facile, dans le mariage de la carpe et du lapin. Aucun doute là dessus et donc, inutile de s'agacer (je connais certains lecteurs...), c'est fait pour...

    En attendant, bonne écoute.

     


     


    (1)Sur l'album où paraît Short people, Little Criminals, on trouve les noms de Ry Cooder, Don  Henley ou Jim Keltner. Les amateurs apprécieront.

    (1)Car il n'échappera à personne que le moralisme gauchiste prend des allures de catéchèse, la rhétorique et l'allégorie en moins. De toute manière, les niaiseries ne peuvent guère prétendre aux quatre niveaux de lecture dégagés par Aristote : le littéral,  l'allégorique, le tropologique et l'anagogique. Il y a tromperie sur la marchandise mais il ne faut rien en dire. Ils s'en tiennent au littéral, le seul qu'ils veulent exploiter tant ils méprisent les gens qu'ils disent représenter. Ils appellent populisme ce qui n'est pas eux.

  • Benedetti Michelangeli et Giulini, du début à la fin

    Dans cet océan de diffusion qui nous découpe tout en tranches, pourquoi ne pas écouter une œuvre entière, longue, puissante, et se dire qu'on laissera ce qui est en chantier pour prendre le temps de s'asseoir, de fermer les yeux, et dépasser les trois minutes réglementaires que l'ordre du monde nous autorise, pour le délassement ? S'offrir, ou mieux : se faire offrir plus de quarante minutes de délices par deux maîtres.

    Giulini est à la baguette. Il est, comme toujours, élégant, économe. L'emphase n'est pas son fait, et surtout pas lorsqu'il s'agit d'être l'architecte discret d'un concerto, d'être celui qui donne la perspective du paysage. Benedetti Michelangeli est au piano, dans la rigueur froide d'un corps soumis à l'instrument. On dirait un spectre. Ils sont si différents, quand on les regarde. Giulini a pour lui le charme et donne le sentiment qu'il séduit la musique sans effort ; Benedetti Michelangeli est habité de la mathématique des œuvres auxquelles on imagine qu'il pense jour et nuit, comme une obsession. Ce n'est pas le mariage convenu de l'eau et du feu mais deux images paradoxales de l'élégance : la grâce naturelle pour l'un, la maîtrise absolue pour le second.

    Ils sont deux Italiens dissemblables qu'un lien encore inconnu d'eux, outre la musique, unit, l'une de ces ironies de l'existence qui n'ont aucun sens, sans doute, mais que l'on n'arrive pas à oublier, quant on les écoute au mouvement lent de ce 3eme concerto de Beethoven : le chef d'orchestre meurt en 2005 dans la ville où est né le pianiste en 1920. Brescia...



  • Mielleux

    -Mais, cela t'arrive d'aimer quelque chose en sachant que c'est ou creux, ou mielleux ?

    -Bien sûr. Le mielleux, j'aime. Encore que ce ne soit pas vraiment l'affaire, d'aimer. Plutôt une chose qui s'impose à toi. C'est parfois atroce. Pour les autres, je veux dire. Pour les autres, et pour toi, aussi, l'histoire n'est pas toujours facile. Mais le mielleux, ça nous regarde, tu sais, ça nous regarde, ça nous parle et tu n'y peux rien. Tu crois que c'est de l'affect ou de la faiblesse. Tout faux, c'est bien plus. Pas un truc qui colle, au contraire : un truc qui t'arrache quelque chose de toi-même. C'est sérieux, le mielleux.

    -Tu théorises, un peu facile !

    -Écoute du mielleux, de mon mielleux et réfléchis à ce qui est mielleux en toi. Ça te fera grandir. Écoute ça.


  • En douce, Mahler en double

     

    -C'est Mahler. Pas du Mahler, tu comprends. Mahler, lui-même, qui joue du Mahler. Au piano.

    -Et alors ? Bouleversant ?

    -Un peu, non ?

    -Ton côté midinette, sans doute...

     

     


     

     

     

     

     

    Les commentaires sont fermés.



  • Croquis

     

    musique,solitude,urbanité

    Il y avait le boulevard, le bruit incessant des véhicules et, de ton côté, la noria des conversations sur la terrasse où tu buvais ton café. Elles, lycéennes sans doute, attendaient à l'arrêt de bus, un écouteur chacune, le corps presque figé, mais la tête dodelinant, en cadence, à l'unisson d'une musique inconnue, comme un rappel immédiat de ces chiens décoratifs, sur la plage arrière d'une voiture customisée...


    Photo : Ludovic Maillard.



    Les commentaires sont fermés.